Adam Smith et l’économie face à la morale

Dossier 2 : Le rôle de l’intérêt privé

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Parmi les diverses interprétations dont l’œuvre de Smith a fait l’objet depuis deux siècles, nombreuses sont celles qui s’articulent, sans les discuter, à certaines idées reçues.

L’une des principales est d’avoir présenté l’auteur de la Richesse des nations comme le champion de l’égoïsme ou de l’intérêt privé. Cette interprétation subsiste encore chez de nombreux commentateurs.

L’idée d’un Smith philosophe de l’intérêt ou de l’égoïsme[1] est généralement extrapolée de quelques extraits célèbres de la Richesse des Nations (RN désormais). C’est passer sous silence que Smith publia également un ouvrage classique de philosophie morale, la Théorie des sentiments moraux (TMS désormais), dans lequel est exposé un système de morale reposant sur le concept de sympathie, qui fera l’objet du dossier suivant.

 

Les deux derniers textes de ce dossier consistent en extraits de deux thèses classiques sur l’histoire des idées, qui ont le point commun d’employer dans leur démonstration cette figure de Smith - philosophe de l’intérêt, et de lui faire jouer un rôle de première importance :

 

Les trois textes de Smith qui suivent contredisent partiellement les propos d’Halévy et Hirschman. Les textes n°1 et n° 2, tirés de la RN, démontrent que « l’identité naturelle des intérêts » ne se réalise pas chez Smith en toute circonstance. Dans le troisième texte, issu de la TMS, Smith s’emploie précisément à contredire ceux de ses prédécesseurs présentant l’intérêt comme le principal motif des comportements humains.

 

- Texte n° 1 : Adam SMITH (1776), Enquête sur la nature et les causes de la richesse des nations, trad. P. Taieb, Paris, Presses Universitaires de France, 1995.

Livre I, chapitre 8, « Du salaire du travail », extrait, pp. 77-79.

 

- Texte n° 2 : Adam SMITH (1776), Enquête sur la nature et les causes de la richesse des nations, trad. P. Taieb, Paris, Presses Universitaires de France, 1995.

Livre I, chapitre 11, extrait, pp. 296-298.

 

- Texte n° 3 : Adam SMITH (1759-1790), Théorie des sentiments moraux, traduction de M. Biziou, C. Gautier & J.-F. Pradeau, Paris, Presses Universitaires de France, 1999.

Partie VII, section 3, chapitre 1, pp. 421-423.

 

- Texte n° 4 : Elie HALEVY (1901-1904), La formation du radicalisme philosophique, Paris, Presses Universitaires de France, 1995.

Extraits du volume 1. La jeunesse de Bentham (pp. 22, 25-27, 113-114)

 

- Texte n°5 : Albert O. HIRSCHMAN (1977), Les passions et les intérêts. Les justifications politiques du libéralisme avant son apogée, Paris, Presses Universitaires de France, 1980.

Extraits, pp. 98 et 100-102.


[1] Les deux termes ne sont synonymes ni en français, ni en anglais. "Egoïsme" se traduit en anglais par « selfishness », alors qu’"intérêt privé" se traduit par « self-interest » ou « private interest ». Smith, quant à lui, emploie beaucoup plus fréquemment (dans la Richesse des nations en particulier) le terme « self-love » (littéralement « amour de soi »).